Critique de l’amour [triste] : l’autonomie difficile du bonheur

Je suis d’accord avec une féministe radicale, Shulamith Firestone sur l’idée des relations de pouvoir dans les couples et que cette structure est fondamentale à notre société. Fondamentale pour que l’homme reste en position de pouvoir et la femme, soumise. L’amour n’est qu’un rôle, une pièce de théâtre joué toute notre vie, pour atteindre un possible status social, une reconnaissance que l’on existe. Parce que la valeur d’une femme est dépendante de sa capacité à se trouver un homme qui considère qu’elle est aimable. Sa valeur ne dépend pas d’elle, mais de sa bonté et de sa soumission à l’homme.

Lire cette autrice féministe, lecture que je recommande fortement, m’a boulversé. Et je déteste revivre ces moments où je me rappelle avoir été déçu par l’amour. Par les hommes. Quel étrange dynamique de pouvoir qui peut s’installer dans une relation… dans un lieu de vie partagé…

Mon coeur pourrait pleurer pendant des siècles pour toutes les personnes qui ont eu le coeur brisé, homme ou femme. Elles et ils sont embarqués dans ces rôles structurés par une société qui ne permet aucun autre rôle. Personne ne peut connaître l’amour, la vraie, s’il y a une relation de pouvoir. Et relation de pouvoir amène meutre, féminicide… Vie perdue, temps perdu à jamais….

Maintenant, je crois que ce n’est pas fait pour tout le monde, l’amour. Que ce ne devrait pas être un standard dans notre société. Que personne ne devrait chercher, chercher sa moitié qui n’existe pas. Parce que cette illusion fait mal, terriblement mal. Et je pense comprendre pourquoi.

On associe le couple, l’amour, à l’idée que l’autre est là pour nous, quoiqu’il arrive. Que si jamais je suis en crise de panique, l’autre va venir à ma rescousse. On espère que l’autre comprenne notre appel à l’aide et qu’il ou qu’elle sauve notre vie. Parce que cet autre est magique, c’est une moitié de son être complet, son âme-soeur (mythes qui proviennent de l’antiquité et qui nous influencent encore aujourd’hui). Éventuellement, on peut se rendre compte que c’est affreusement faux. Combien de temps ai-je passé à m’inquiéter pour l’autre, a prendre soin de lui, à penser à son bonheur et ses dépressions, à réfléchir à sa place pour trouver des solutions à ses problèmes? Pourquoi tombe-t-on dans ce rôle de s’occuper de l’autre inconditionnellement dès qu’on l’aime?

Parce qu’on veut la même chose en retour. Non seulement il y a un fond égoïste (mais compréhensible), il y a aussi une profonde absurdité. J’ai toujours pensé que l’amour devrait être donné sans rien attendre en retour. Mais au-delà de cela, il faut arrêter de penser que ces rôles que l’on se donne dans nos relations amoureuses garantissent que l’autre vienne nous sauver de nos propres problèmes. Le bonheur ne peut pas venir de l’autre, ou du moins, pas réellement. Et le bonheur ne doit pas être associer à quelqu’un qui règle nos problèmes à notre place.

Je pense, plus que jamais, que se lancer dans une relation avec cette attente, cette condition que l’autre nous sauve en priorité, est une illusion dangeureuse. Parce qu’éventuellement cette illusion sera brisé, d’une façon ou d’une autre. Je ne dis pas que l’amour a une limite, mais je pense que l’être humain en a une. Des limites physiques, des limites de temps, de la réalité, de la complexité des émotions, des désirs et des pensées.

Et seul Dieu (auquel je ne crois pas) sait à quel point j’ai vécu cette attente. Cette attente d’être sauvé, de retrouver ma valeur et ma voie personnelle grâce à quelqu’un tombe amoureux ou amoureuse de moi. Et que cette amour est magique et me transforme. Ce n’est pas la réalité puisque l’amour est plus complexe que cela.

La tristesse réalité, c’est qu’on déteste s’occuper de soi. S’occuper de soi de façon profonde, réelle et authentique. Auto-guérir ses propres blessures profondes prend tout le courage du monde. Parce qu’il est effrayant de penser que personne d’autre peut le faire sauf soi-même. Personne.

Et puisque notre société est une société d’adulte-enfant, on est à ce stade où on ne s’autonomise pas dans l’amour et notre propre bonheur, donc on veut que notre partenaire nous parente. Il est beaucoup plus facile de se laisser tomber dans ces rôles affreux que de se guérir son propre enfant intérieur et de s’auto-parenter. Devenir réellement autonome.

Lorsqu’on y pense, l’autonomie réelle d’une personne est un but formidable à atteindre. Je pense que si quelqu’un est en mesure de travailler sur soi et de cultiver son bonheur sans dépendre d’un couple, d’une personne précise sur qui tout reposer, cette personne peut toucher à un vrai bonheur et une réelle paix intérieure.

Je pense qu’il faut valoriser la personne au lieu du couple. Encourager le bonheur au-delà d’un statut social sur-valorisé. Trop de personne efface leur personnalité complexe au nom du couple et s’empêche réellement d’être heureux. J’encourage chaque personne célibataire à le rester si elles/ils sont heureux dans cette position. Il faut dissocier le célibat de la solitude et de la tristesse. Il faut comprendre que tout le monde a une indépendance particulière et propre à chacun.

Je ne bannis pas l’amour et les couples, seulement cette illusion beaucoup trop présente que si on est en couple, c’est qu’on est heureux parce qu’on n’est pas seul. La solitude n’a rien à voir avec le bonheur. Le bonheur n’a rien à voir avec l’idée d’être en couple. Et l’amour n’a rien à voir avec l’idée d’un couple. Il faut travailler pour avoir le pouvoir éventuellement de s’aimer et de se donner bonheur a soi-même, et seul soi-même peut savoir comment. Et ceci est une base fondamentale pour toute relation possible ou tout couple éventuel.

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